Le Tilia

Pour un réexamen du projet NPNRU des Tilleuls dans le cadre d’une démarche de co-construction respectueuse des libertés associatives

Depuis plusieurs années, les habitant·e·s du quartier des Tilleuls, au Blanc-Mesnil, vivent au rythme d’un projet de transformation urbaine d’ampleur porté dans le cadre du Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain. Ce projet engage profondément le présent et l’avenir du quartier. Pourtant, une question demeure : dans quelles conditions a-t-il été pensé, et avec qui ?

Aujourd’hui, dans un climat politique apaisé, il est désormais possible d’envisager que le futur des Tilleuls soit décidé avec ses habitants et usagers.

Témoins de la parole des habitants des Tilleuls et porteurs d’une mémoire vivante du quartier, Le Tilia appelle à une remise à plat du projet de rénovation urbaine, dans le double objectif d’établir une réelle démarche participative et de garantir le respect des libertés associatives.

Pour un réexamen du projet NPNRU et de sa programmation

Dès 2017, les habitants et les associations locales ont exprimé leur volonté de participer à la transformation des Tilleuls.

Profondément attachés à leur quartier, ils aspirent à une amélioration notable de leurs conditions de vie et à la redynamisation d’un territoire miné par la concentration de difficultés socio-économiques structurelles et par un enclavement urbain, dans un contexte de réponses publiques insuffisamment coordonnées et adaptées.

Le projet initialement présenté à l’ANRU en 2019 prévoyait, à long terme, au-delà de la requalification par le NPNRU, la démolition totale du quartier et la création d’un autre encore plus dense à proximité des nouvelles gares du Grand Paris Express. L’élaboration de ce projet n’avait pas bénéficié d’une réelle démarche de co-construction avec les habitants et les usagers.

À la suite de cette présentation, l’ANRU a sollicité des ajustements en vue d’un nouvel examen par l’agence et ses partenaires.

Les modifications demandées auraient pu constituer une opportunité à saisir pour que les bénéficiaires du projet puissent apporter leurs contributions à ce premier réajustement.

Pour une réelle co-construction avec les habitant·e·s

Dans cette perspective, en 2020, les associations Nous femmes d’ici et d’ailleurs, Speranza et Le Tilia ont sollicité l’aide de l’association APPUII afin de permettre une meilleure compréhension du projet, puis d’identifier les enjeux de sa programmation.

Des ateliers de concertation et des promenades urbaines menés avec les habitants ont permis de réaliser une première phase de diagnostic. Mais la concomitance du COVID et de la répression importante de la précédente municipalité sur les expressions citoyennes indépendantes ont empêché l’émergence d’un conseil citoyen en capacité de proposer des alternatives.

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Résultat : la participation citoyenne n’a jamais pu se structurer pleinement, alors même qu’elle constitue un principe fondamental des projets soutenus par l’ANRU.

Le Tilia : un rôle à protéger

Depuis 2011, Le Tilia propose à toutes les générations des activités de développement personnel, des formations, de l’accompagnement social, des services et des loisirs.

Au fil des années, cette mission de cohésion sociale est devenue d’autant plus indispensable qu’elle a pallié au désengagement progressif des services publics, au départ contraint des autres associations et à la fermeture des commerces. En particulier, la décision de ne pas rouvrir la Maison de quartier après un énième incendie a poussé les membres de l’association à prendre en charge les missions d’un véritable « centre social alternatif » allant jusqu’à assurer certains services essentiels du quotidien, tels qu’un dépôt de pain.

Au mois d’août 2025, l’association a reçu congé de son bailleur social, son lieu d’activité étant situé dans le périmètre de démolition du projet de renouvellement urbain. Cette décision est intervenue malgré les démarches engagées dès juin 2021 pour identifier une solution de relogement.

Faute d’alternative concrète, l’association s’est trouvée dans une situation locative de plus en plus difficile à stabiliser et fait aujourd’hui l’objet d’une procédure d’expulsion, engagée en décembre 2025, dans un contexte marqué par les positions hostiles de la précédente municipalité.

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Il peut être relevé qu’une autre association du quartier avait précédemment fait l’objet d’une procédure similaire, au motif d’une affectation de son local à une maison du projet, qui n’a finalement pas été réalisée.

Face à ces constats, Le Tilia s’est engagé dans un plaidoyer en faveur du respect des libertés associatives afin de faire reconnaître les fragilités structurelles auxquelles sont confrontées les initiatives locales dans les quartiers en renouvellement urbain et d’y apporter des réponses durables. À cet égard, il convient de souligner le rapport récent de l’Observatoire des libertés associatives, qui interroge l’émergence d’un impératif de neutralité associatif qui, bien qu’extra-légal, vient entraver le rôle démocratique des associations.

Entre 2020 et 2021, l’association a donc assuré un rôle de médiation sociale lors de la concertation autonome accompagnée par APPUII et des étudiants en architecture. Dans ce cadre, le quartier des Tilleuls a servi de terrain d’enquête scientifique au projet international ANR-FAPESP « CoPolis ».

Entre 2021 et 2023, elle a accueilli le travail de « portraits d’habitants » mené par la philosophe Christiane Vollaire et le photographe Philippe Bazin, donnant lieu à une exposition dans un centre d’art contemporain en 2024, là où ce travail n’était pas censuré, et alors même qu’un tel projet était encouragé dans la convention du PRU des Tilleuls.

En mars 2025, elle a déposé une contribution collective au nom de la population du quartier lors de l’enquête publique préalable à la création de la zone d’aménagement concertée, ne se contentant pas d’émettre des réserves mais formulant des propositions constructives.

En novembre, elle a ouvert ses portes au travail de recherche exploratoire sur le quartier conduit par des étudiants de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Belleville.

Enfin, en janvier 2026, elle a accueilli des ateliers de recherche prospective menés par des étudiantes du Muséum national d’histoire naturelle sur les futurs de la Seine-Saint-Denis.

Et maintenant ?

Toutes ces esquisses urbaines constituent une base de travail utile et immédiatement mobilisable pour relancer une démarche de co-construction et d’actualisation du projet.

Les équipes du Tilia restent disponibles pour échanger avec l’ensemble des acteurs concernés et contribuer à la redéfinition d’un projet plus juste.

Le Tilia

Dans le quartier des Tilleuls, le dernier espace de vie sociale lutte pour sa survie

Le renouvellement urbain à venir au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) sera-t-il le prétexte de la disparition de la dernière association du quartier, sous la pression de la municipalité et la passivité des bailleurs sociaux ?

Une illustration de Laura Abry & Sean Fangous
Entre les rideaux de fer tirés du centre commercial et les débris d’incendie, les Tilleuls semblent à l’abandon. Pourtant, derrière la vitre embuée du Tilia, le café associatif du quartier, des bénévoles s’affairent encore, obstinés à maintenir un peu de vie au cœur du vide. Mais pour combien de temps ? Sous le coup d’une procédure d’expulsion, l’association, active depuis quinze ans, doit quitter son local au nom du renouvellement urbain du quartier. Et si des solutions de relogement existent, elles demeurent bloquées par un verrou politique qui interroge les libertés associatives : comment une association reconnue pour son utilité sociale et soutenue par certains pouvoirs publics peut-elle être menacée d’existence du seul fait d’un désaccord municipal ?
Du café associatif au service public de proximité : un modèle d’ancrage local
Né de l’initiative d’habitants et de professionnels face à la ghettoïsation de leur quartier, le Café associatif des Tilleuls s’est construit comme un lieu d’accueil, de convivialité et d’entraide ouvert à toutes les générations.
Grâce à un fonctionnement démocratique, des activités gratuites, l’implication bénévole et l’appui de dispositifs d’insertion, il a progressivement assuré des missions d’intérêt général : médiation sociale, accompagnement administratif, soutien aux personnes vulnérables, prévention du vieillissement, accès au droit, espace de sociabilité, culture et mémoire locale. Ce développement progressif l’a transformé en un véritable centre social alternatif, reconnu et fréquenté bien au-delà du seul quartier.
Un acteur essentiel aujourd’hui menacé par le renouvellement urbain
Malgré sa reconnaissance publique et son rôle unique pour les habitants, Le Tilia est aujourd’hui menacé d’expulsion sans solution de relogement viable en raison des travaux liés au renouvellement urbain. Cette situation crée une contradiction majeure : l’association, dont les actions répondent précisément aux objectifs fixés par les textes du projet urbain, se voit fragilisée par les mêmes dynamiques censées renforcer la cohésion sociale.
Au-delà du risque de fermeture, cette situation met en cause la continuité de services essentiels, l’avenir de plusieurs emplois et la préservation d’un lieu de sociabilité dans un quartier déjà fortement touché par les fermetures de commerces, l’érosion du lien social et la dispersion des habitants. Elle interroge également les libertés associatives, menacées dès lors que des lieux citoyens sont fragilisés pour des raisons politiques